L’âme de Paris s’est enfuie

Dans cet article, plutôt un cri du cœur, je vais employer la première personne pour davantage d’authenticité et donc de sincérité.

Au début de mon adolescence, élève à Versailles, le château du Roy ne me suffisait plus. J’avais fait le tour de ses dorures et ne pensais qu’à parcourir l’itinéraire des monarques à l’envers : je rêvais de passer tout mon temps à Paris. À l’époque, Paris représentait pour moi la vie, la découverte, l’enrichissement, l’accomplissement, le rêve. Le fait d’y être née (merci Maman) n’y est sans aucun doute pas étranger. Déjà pétrie de Hugo, des Romantiques, de Gainsbourg… je savais que leurs points culminants étaient Paris et je ne doutais pas d’y avoir moi aussi, en toute humilité par rapport à eux bien-sûr, ma part d’avenir.

Plus tard, cela s’est confirmé lorsque j’ai eu la chance d’étudier à La Sorbonne, la vraie, l’originelle. Le moment où j’ai appris que j’y étais reçue restera l’un des plus beaux et forts de ma vie ; je serai toujours profondément nostalgique et fière de mes années d’études dans cette Université. Pour moi, La Sorbonne était le cœur même de Paris, avec tout ce que cela représente : elle l’avait fait vivre en battant en elle, non loin de ses poumons Notre-Dame et le Panthéon ; elle avait fait circuler son sang et lui avait permis de grandir au fil des siècles. Étudier à La Sorbonne était donc on ne peut plus symbolique, pour ne pas dire religieux.

 

Et aujourd’hui ? Aujourd’hui, il me reste les enseignements, les souvenirs, mais aussi la mélancolie de La Sorbonne… et de Paris.

Oui, Paris n’est plus. Peut-être bien qu’il n’était déjà plus avant même ma naissance, je me le demande. Entendons-nous : la ville de Paris est toujours là et le sera toujours, mais la substance, le suc, la vérité, bref l’âme, son âme n’est plus. Les Parisiens eux-mêmes ne sont plus là, puisque nous savons bien eux et moi, que les vrais Parisiens ne se comporteraient pas ainsi.

Paris n’est pas mort, mais il ne reste que l’enveloppe, la coquille, le squelette. L’âme de Paris s’est enfuie, Dieu seul sait où. Il y a peu de chances pour qu’elle se soit exilée quelque part en France, et pour cause ! L’âme de Paris a trouvé son Guernesey, voilà notre maigre consolation.

Comment je le sais ? Il suffit de parcourir certains livres témoins de ce qu’était Paris pour le savoir : des Lumières jusqu’aux Nouveaux Romans… Un Parisien (une Parisienne) sent cela et l’amertume le gagne, il laisse un lourd et profond soupir lui échapper quand il referme le livre : l’âme de Paris n’est définitivement plus là, ce n’est plus “comme dans ces pages”, elle s’est enfuie.

De quand date sa fuite ? Voilà une question qui restera sans réponse mais peut-être serait-il temps de se lancer à sa recherche.

 

Si l’âme de Paris avait encore été là, elle n’aurait pas laissé certains de ses occupants descendre dans ses rues sans bonne raison. N’ont-ils pas honte en songeant à ce qui motivait Marius et Gavroche ? Oh il est fort probable qu’ils ne connaissent pas leur histoire…

Si l’âme de Paris ne s’était pas enfuie, il n’y aurait pas eu d’islamisme entre ses murs, pas de réforme de l’éducation, pas de remise en question de nos racines, pas de nuit debout, pas de profanation, pas de dénuement de ses soldats, ni de reniement de la culture française qui prenait sa source dans Paris jusqu’alors. De la Ville Lumière, il ne reste qu’une bougie éteinte. C’est à peine si un peu de fumée s’en échappe encore.

L’âme de Paris s’est donc bel et bien enfuie. Depuis, Paris est devenue un sépulcre, un fantôme, une ombre.

Ce n’est pas par lâcheté ni par peur qu’elle s’est enfuie. L’âme de Paris n’est pas ainsi, mais elle est trop amère sans doute, trop vieille et usée pour affronter seule ses ennemis. Seule ? Non, mais nous sommes comme elle, la vieillesse en moins pour certains.

 

Nous luttons contre sa disparition irrémédiable en continuant d’écrire, de lire, en apprenant à nos enfants de fait épargnés, ce que c’était que l’âme de Paris, et en espérant que ce sera grâce à eux qu’elle reviendra peut-être un jour.