Après trois ans, comment vas-tu ?

Après trois ans, comment vas-tu ?

Cette question est toute simple, on la pose à n’importe quelle personne que l’on rencontre, sans même penser aux mots qui la composent.

Moi, je te la pose sincèrement, petite Mamoune, en t’interrogeant sur chacun de ses termes.

Comment. Comment, trois ans déjà ? Comment tant d’années au compteur ? Trois ans, c’est long et court. C’est long parce que ça l’est toujours, d’être séparé aussi longtemps de quelqu’un qu’on aime ; et puis, c’est court si l’on se fie à la vitesse toujours plus surréaliste avec laquelle le temps file. Comment est-ce-que cela a-t-il bien pu se produire ? Voyons, perdre un être si cher, c’est comme un accident de la route ou comme un attentat, cela n’arrive qu’aux autres ! Comment fait-on ? Il y a des moments où l’on survit, d’autres où l’on vit franchement, avec bonheur, avec culot, avec ardeur ; des moments savoureux à souhait, et puis on se dit bien vite que l’on aimerait tant que tu les vives avec nous. La joie laisse donc sa place à la mélancolie, qui elle-même, ouvre la ronde à la peine. Cette danse ne dure parfois que quelques secondes, mais elle dure quand même depuis trois ans.

Vas. « Ça va aller, ça ira mieux », comme le prétendent certains. Bien-sûr, la nature humaine est ainsi faite : on ne supporterait pas le chagrin perpétuel physiquement, ni moralement ; ce serait trop lourd pour nos épaules humaines aux poids de croix limités. La donne change quand on prend la situation dans son ensemble : pour quelqu’un qui perd un être tel que toi, le mot deuil n’existe pas. Ce que la doxa appelle « faire son deuil », c’est ce que nous appelons : comprendre et accepter que nous ne nous remettrons jamais d’un tel manque. Nous apprendrons simplement à continuer avec et malgré cette souffrance, cette forme d’amputation : ton départ.

Vas. Oui, vas. Tu dois être arrivée, maintenant, à cet endroit que certains n’osent pas nommer ; il y en a même d’autres qui n’y croient pas. Moi, j’y crois : je sais que tu y es, je sais même que ta route pour y parvenir n’a pas été bien longue, au vu du chemin de croix qui a été le tien, ici-bas. Et pourtant, toujours cette dignité, toujours cette beauté, toujours cette bonté et cet amour pour les tiens que nous sentons toujours, mais que nous aimerions tellement pouvoir tenir et serrer fort, quelquefois. On te retrouvera bien, va.

Tu. Tu me manques. Dis, tu m’aimes toujours, quand même ? Comment savoir si je ne t’ai pas déçue, si je ne t’ai pas fait rire, si tu approuves mes choix, maintenant que voilà trois ans que tu t’es tue ? Tu sais comme je suis têtue : je ne désespère pas de te revoir, au cœur d’un rêve ou d’une prière, dans une brise, lors d’un mariage ou d’une naissance… Je t’attends ! Viens me faire un coucou avant que l’on se retrouve plus haut ! Cela risque fort d’être trop long, sinon. Viens m’accorder la paix de me nicher encore au creux de ton cou maternel, de te reconnaître ainsi grâce à la douceur de ta peau et la délicatesse de ton odeur.

Tu sais, je recherche tes yeux, parfois. Je te cherche parmi les gens. Te serais-tu cachée ? Serais-tu revenue ? Es-tu vraiment partie ?

Comment vas-tu ? Bien, j’imagine. C’est nous qui n’allons pas toujours ainsi, parfois. Une musique que tu as aimée, une ville que tu as visitée et hop ! Le cœur s’étreint, la gorge se serre, les yeux se mouillent. Pensons à autre chose : voilà les chats qui font une bêtise, la distraction est parfaite !

Comment vas-tu ? Tu ne m’en veux plus dis, pour mes insolences et mes manquements qui me tourmentent ? J’en cherche, des actes de contrition, si tu savais !

Comment vas-tu ? Si je hurlais ton nom de toutes mes forces, est-ce-que je t’entendrais me répondre ? Viendrais-tu me voir ?

J’ai compris la leçon, maintenant. Je ne referai plus ce que j’ai mal fait ou même pas fait, mais reviens. Juste un jour, quoi ! Une heure, quoi ! Allez, cinq minutes à te serrer dans mes bras, te demander pardon, te répéter que je t’aime et après, tu repartirais dans ton paradis. Qu’en penses-tu ?

Après ces trois longues années courtes, comment vas-tu ?

3ans

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