Les attitudes paradoxales des professionnels face au digital

Le digital a révolutionné, révolutionne et révolutionnera encore tous les secteurs et toutes les sphères. Le monde du travail est loin d’être épargné, puisque le digital y a déjà séduit un fort pourcentage de professionnels ; du salarié au manager, en passant par le stagiaire.

Pourtant, certaines attitudes de certains de ces professionnels s’avèrent paradoxales par rapport au discours qu’ils adoptent en public. Illustrations par un témoin quelque peu indiscret…

 

Version officielle #1 : « Grâce au digital, notre entreprise propose à ses salariés flexibilité d’horaires et de lieux de travail… »

Version officieuse #1 : « … par contre, ils doivent quand même être à leur poste entre 9h et 12h, puis 14h et 17h ! Et puis, leur lieu de travail, c’est dans nos locaux ou chez eux, rien d’autre. A prendre ou à laisser ! »

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Très bien, mais il va quand même falloir choisir : on adopte le digital avec TOUS les nouveaux fonctionnements que cela implique, OU on reste une entreprise « lambda » ! Quoi qu’il en soit, la cohérence est essentielle face à ses collaborateurs. Logique, puisque ces derniers, comme tout un chacun, n’apprécient pas vraiment qu’on leur dise « blanc » un jour, et « noir » le jour qui suit.

 

Version officielle #2 : « Chez nous, on se sert de tous les réseaux sociaux, et même d’un qu’on a créé spécialement pour notre entreprise, du Cloud pour tous nos documents, d’une appli pour ranger nos papiers officiels… Bref, tout est dématérialisé et digitalisé ! … »

Version officieuse #2 : « … par contre, pour remplir notre base de données, nos salariés doivent tout retranscrire dans un fichier Word et Excel, puis copier-coller l’ensemble dans ladite base de données ! Au moins, ils sont toujours occupés, pas d’excuse ! »

sheldon cooper

Là encore, il faut choisir : on ne peut pas prétendre à la dématérialisation… en commençant par tout retranscrire à la main ! Chers professionnels, pour toute question ou manquement logistique dans ce domaine, je vous rappelle que les développeurs sont là pour vous aider. Ces magiciens de l’informatique réaliseront tous vos vœux les plus fous… De plus, leur recrutement dans votre entreprise tomberait bien : c’est « so digital » !

 

Version officielle #3 : « Cela tombe bien que vous en parliez, parce que chez nous, on est so digital ! … »

Version officieuse #3 : « … par contre, hors de question que nos salariés perdent du temps sur les réseaux sociaux/médias sociaux ! Il ne faut pas exagérer, cela ne doit pas leur prendre plus de 10 minutes par jour, et encore ! De préférence à l’heure du déjeuner !»

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Cela prouve qu’il y a encore BEAUCOUP à apprendre au sujet des réseaux sociaux, des médias sociaux, bref de la communication digitale au sens large. En effet, ces fameux supports énoncés précédemment ne font pas que nous donner des nouvelles de cousin Gaston et nous apprendre la recette de la tarte aux Haribo.

Ils stimulent notre ouverture d’esprit, alimentent notre culture générale (à condition de chercher les bonnes thématiques, soyons honnêtes jusqu’au bout), agrandissent notre imagination et donc notre inspiration, entre autres. Tout cela, grâce à l’instantanéité de leur nature, et donc des sources infinies d’informations qu’ils nous offrent. Autrement dit, ils représentent une mine d’or absolue pour l’ensemble des professionnels !

Par conséquent, il va sans dire que NON, 10 minutes par jour pour se distraire à l’heure du déjeuner ne suffisent pas, puisqu’ils devraient être en permanence à portée de clic, prêts à se faire scruter, analyser, observer, décortiquer… à des fins de productivité professionnelle. D’ailleurs, c’est officiel : Twitter, Facebook et LinkedIn sont de vrais médias, de vrais supports de communication et d’information, et plus seulement de « simples » réseaux sociaux.

 

Version officielle #4 : « Pour éviter de se faire ubériser, il faut s’ouvrir aux marketplaces, adopter un esprit start-up dans le style GAFA, mais surtout devenir membre de la tech à part entière ! Cela signifie que l’on recrute des digital natives, on active le growth hacking, on met en place l’open data pour récolter de la big data, être calés en ROI et en algorithmie. Il faut penser blockchain, en fait ! … »

Version officieuse #4 : « … par contre, je n’ai pas tout compris à mes propres propos. Apparemment, c’est normal. »

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Effectivement, le professionnel qui adoptera ce type de discours tout en faisant siens les trois points officieux précédents, sera incapable de vous traduire ce quatrième point. Sans doute que la fameuse transformation digitale équivaut principalement chez lui à une transformation de son jargon ? Si vous avez affaire à ce type d’individu, armez-vous de courage, de pédagogie et si besoin, d’un interprète.

 

Version officielle #5 : « C’est super de t’avoir recruté, toi tu es de la génération Y comme on dit, tu es un digital native, donc tu as grandi avec les smartphones, tu vas nous apprendre des tas de choses à nous, les nouveaux vieux ! … »

Version officieuse #5 : « … par contre, en toute honnêteté, je pense quand même qu’il faudrait que vous soyez un peu remis à votre place, que vous arrêtiez de jouer les rebelles, que vous fassiez passer l’entreprise avant votre vie privée… bref, que vous vous adaptiez aussi en prenant un peu plus exemple sur nous, vos aînés ! »

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Si j’ai bien compris, c’est vous qui allez nous apprendre, et non le contraire, finalement ? Je préfère demander confirmation parce que vous avez énoncé l’inverse alors qu’il fallait comprendre l’opposé… Un peu confus tout ça !

Plus sérieusement, génération Y ou non, l’entreprise se transforme et le digital dépasse les frontières générationnelles. Admettons simplement qu’au vu de notre âge, nous sommes plus naturellement prédisposés au numérique que les générations précédentes, qui sont elles, prédisposées à d’autres sujets auxquels elles sauront nous sensibiliser. C’est le cycle de la vie professionnelle.

Dernier point : rassurez-vous, on peut appartenir à la génération Y tout en étant ponctuel voire en avance, et nous sommes tout-à-fait capables de prononcer distinctement « bonjour Madame, merci Monsieur ». Enfin, nous ne sommes pas radicalement opposés aux heures supplémentaires, quand il y a des urgences.

Finalement, être X, Y ou Z, c’est comme la vieillesse, c’est dans la tête !

 

Je préfère préciser que le second degré, en comparaison de la majorité des autres articles de ce blog, est volontaire. Il me permet de souligner le décalage parfois inquiétant qui perdure encore chez certains professionnels : ils insistent sur la nécessité de l’adoption du digital, mais sans aucune remise en question de leur propre perception de cet enjeu majeur pour tout le monde (et pas seulement les autres). Certains, qui ont pourtant une voix particulièrement conséquente au chapitre, risqueraient malheureusement à terme, de provoquer plus de mal que de bien dans la transformation de l’entreprise. Il me semble pourtant qu’à cette question, chacun apporte sa pierre, petite ou grande, à l’édifice, en guise de réponse.

Question sérieuse à méditer, mais sans se prendre trop au sérieux, donc. 🙂

paradox