Le digital et la thèse de « ceci tuera cela »

Avec l’émergence du digital, des réseaux sociaux, de l’instantané, de ces nouveaux jouets technologiques et/ou virtuels, les Lettres diminuent : on lit moins et moins bien. On n’achète plus de livres, mais des liseuses qui permettent davantage de s’émerveiller du pouvoir tactile que du pouvoir des mots…

Que doit être la place du digital vis-à-vis des Lettres ? J’ai été « un peu » aidée dans ma réflexion sur cette question.

 

« Ceci tuera cela. Le livre tuera l’édifice.

A notre sens, cette pensée avait deux faces. C’était d’abord une pensée de prêtre. C’était l’effroi du sacerdoce devant un agent nouveau, l’imprimerie. […] Mais sous cette pensée, la première et la plus simple sans doute, il y en avait à notre avis une autre, plus neuve, un corollaire de la première moins facile à apercevoir et plus facile à contester, une vue, tout aussi philosophique, non plus du prêtre seulement, mais du savant et de l’artiste. C’était pressentiment que la pensée humaine, en changeant de forme, allait changer de mode d’expression ; que l’idée capitale de chaque génération ne s’écrirait plus avec la même matière et de la même façon ; que le livre de pierre, si solide et si durable, allait faire place au livre de papier, plus solide et plus durable encore. Sous ce rapport, la vague formule de l’archidiacre avait un second sens ; elle signifiait qu’un art allait détrôner un autre art. Elle voulait dire : L’imprimerie tuera l’architecture. »

claude-frollo

 

Ceci tuera cela

Que nous dit Victor Hugo ? Tout passe, les époques avec leurs révolutions ; les moyens d’expression propres à chaque ère se succèdent. Le livre a tué l’édifice, le digital tuera le livre. Le cycle continue inlassablement, comme Victor Hugo l’a démontré suite à la petite phrase fataliste de Claude Frollo.

L’écrivain devient philosophe : « tout passe, c’est entendu. Pourquoi ? »

Nous sommes d’accord sur le fait que le digital tue le livre. Il le tue, au sens hugolien du terme : il le surpasse dans une nouvelle ère. L’époque du digital succède à celle du livre.

Effet pervers de ce processus, lorsqu’il intervient chez des incultes, des passifs, des inconscients et des laxistes, il ne se contente  pas de tuer le livre, mais il l’anéantit lui, et plus généralement, les Lettres.

Faut-il trouver le moyen de tuer le digital pour autant ? Non, bien-sûr. Qu’en serait-il de la fatalité dont il est tant question dans le chef-d’œuvre précédemment cité, sinon ?

 

Ceci liera cela

Le digital, comme ses prédécesseurs ancestraux, est également source de progrès. Grâce à lui, l’enseignement se propage plus rapidement (MOOC, formations en ligne…), ainsi que l’accès aux informations de toutes sortes, étendues à l’ensemble du globe ; de nouvelles formes de rencontres et de maintien du contact se créent et, sans excès ni abus, tout cela est foncièrement positif.

Le livre a remplacé l’édifice, mais il permet aussi une nouvelle façon d’accéder à l’édifice ! De même, le digital doit indiquer le chemin vers le livre, ou sous-entendre de s’y rendre.

Une culture, pour rester vivante, ne saurait se contenter de la dématérialisation, aussi pratique et économique soit-elle.

N’oublions donc pas la richesse et le pouvoir du livre ! Ne permettons pas que nos enfants oublient comment les ouvrir ! Offrons-leur des bibliothèques !

Ceci tuera cela, mais ceci n’oubliera jamais cela, et ceci rappellera toujours qu’il y a aussi cela ; et cela attend désormais que ceci aide à le connaître.

Les maillons d’une chaîne dans le grand cycle du Progrès.

 

« Il faut admirer et refeuilleter sans cesse le livre écrit par l’architecture ; mais il ne faut pas nier la grandeur de l’édifice qu’élève à son tour l’imprimerie. »

 

Citations tirées de Notre-Dame-de-Paris de Victor Hugo, Livre V, Chapitre II.

 

books&digital

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *