Jean D’Ormesson nous guide vers le haut

Jean D’Ormesson signe le Guide des Égarés, aux éditions Gallimard. Le dernier livre en date du célèbre Académicien m’a beaucoup plu, et je vais tâcher de vous convaincre de vous laisser guider par lui, à votre tour…

 

Égarée, je l’étais quelque peu au début de ma lecture du dernier livre de Jean D’Ormesson. Ce dernier m’est donc bien destiné aussi, comme à vous tous puisque, d’après son auteur « Aujourd’hui comme hier, nous sommes tous des égarés ».

A vrai dire, je me suis sentie égarée dès l’achat de ce livre, lorsqu’en le prenant, je me suis aperçue qu’il était si court. Moi qui me réjouis d’autant plus à l’idée d’une lecture quand l’œuvre est épaisse, ce fut une petite déception, je dois l’admettre ; mais puisqu’il s’agit d’un Ormesson, baste ! J’ai vite oublié l’épaisseur de son livre.

Si je l’étais encore en lisant les premières pages du Guide de Jean d’Ormesson, c’est parce que je ne comprenais pas qu’une intelligence comme la sienne se contente de nous énoncer le rythme du monde, l’infini de l’univers, ou encore la richesse de la pensée humaine, pour ne citer que ces exemples-là. Jugez par vous-mêmes avec les six premières phrases : « Je suis là. J’existe. Vous êtes là. Vous existez. Nous sommes là. Nous existons. » Moi qui pensais découvrir les pensées profondes de Jean D’Ormesson, voilà que je vais finalement réviser ma conjugaison !

Plus sérieusement, les scientifiques, philosophes, historiens, sociologues et autres neurologues ne nous ont-ils pas tous déjà dit cela ? Décidément, ce Jean D’Ormesson n’est nulle part où on l’attend : je me réjouissais à l’idée de lire ses réflexions d’homme ô combien cultivé et expérimenté ; d’homme humble aussi, au point de se compter dans notre lot d’égarés de surcroît, et j’ai donc commencé par être assez désappointée.

D’ailleurs, le célèbre auteur lui-même décrit de temps à autre son Guide sans aucune autre prétention que celle de présenter un court manuel, loin d’un essai philosophique ou d’une critique sociétale comme on en trouve presque partout. C’était déjà cela, le suspense ne fut pas très long.

Toutefois, quelque chose a retenu mon attention dès le début : les chapitres (très courts, naturellement) du Guide des égarés se suivent logiquement, facilitant sans nul doute de retrouver ainsi son chemin.

« L’étonnement » en premier, puis « La disparition », suivie de « L’angoisse », « Le secret », « L’énigme », « Le mystère », « Les nombres » et « La science » pour conclure cette liste, témoignent déjà d’une certaine progression, bien que ce ne soient que les premiers chapitres. Chaque fin du précédent annonçant le suivant, Jean D’Ormesson notifie bien les impressions qui sont les nôtres lorsque nous prenons conscience de notre condition et de notre environnement, et ce dès notre plus jeune âge.

Mon intuition s’est confirmée au fil de ma lecture : les chapitres se succédaient bel et bien logiquement, partant du constat le plus basique jusqu’à l’apothéose finale.

Le mot est lancé : avec ce Guide des égarés, Jean d’Ormesson nous élève, nous tire bel et bien vers le haut. Ce Sommet représente ce à quoi nous aspirons tous, que nous en ayons conscience ou non.

Je ne le nommerai pas, ce Sommet, pour ne pas gâcher la « surprise ».

Quoi qu’il en soit, vous aurez compris que mon désappointement a très peu duré, finalement. Son temps est proportionnel à celui qu’il m’a fallu pour lire le Guide de Jean D’Ormesson en entier ; soit très peu de temps, notamment en raison de la longueur du bouquin.

Ce qui explique aussi cette rapidité de lecture, c’est bien-sûr que mon guide ne m’a pas lâché la main une fois qu’il l’avait bien dans la sienne. Avec la plume qu’on lui connaît, qu’il garde même oralement si bien qu’on entend Jean D’Ormesson nous lire son livre en même temps que nous ; fluide et distinguée, l’ouvrage est d’autant plus difficile à déposer.

Nous sommes tous des égarés, nous avons donc tous besoin d’un Guide. Cela tombe bien, Jean D’Ormesson se propose pour nous accompagner finalement jusqu’au Guide final, Ce qui permet véritablement de se retrouver et de ne plus se perdre.

Cette lecture fut pour moi aussi merveilleuse que brève, et il me tarde de découvrir ce que Jean D’Ormesson nous aura concocté la prochaine fois : dans quelques mois, si l’on se réfère à son rythme d’écriture.

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