L’entrepreneur : le mythe d’aujourd’hui

A chaque ère ses mythes : de la Renaissance au XIXème siècle, les figures mythologiques « traditionnelles » ; de l’époque moderne jusqu’aux années 2000, certaines personnalités qui méritaient encore l’appellation de « star ». Après une période de flottement, notre crise actuelle voit émerger de nouvelles figures mythiques : les entrepreneurs. Compréhension et analyse de l’entrepreneur comme mythe actuel.

 

Mais au fait, qu’est-ce qu’un mythe ?

Loin de moi l’idée de m’improviser philosophe. Je raisonnerai donc à tâtons, de manière aussi simple que possible. Si l’on observe la considération des figures mythiques, quelles que soient les époques, on reconnaît la fascination, l’inspiration et l’admiration qu’elles suscitent, en premier lieu.

Apollon a ainsi inspiré le capitaine des archers du roi, Phoebus, à Victor Hugo, dans Notre-Dame-de-Paris. Si l’auteur l‘utilise de manière ironique, il est véritablement le dieu soleil de la Esméralda. Bond dans le futur : Marilyn Monroe ou encore Brigitte Bardot sont reconnues comme de véritables icônes de beauté qui susciteront encore l’admiration pour de nombreuses décennies.

D’ailleurs, arrêtons-nous un instant sur le terme « icône », loin d’être anodin. Nous le considérons ici comme un synonyme du mot « mythe », en tant que source d’admiration et d’inspiration. En effet, les icônes, ces représentations de scènes bibliques issues de l’art iconographique, permettent toujours, depuis leur création, à des millions de croyants de mieux prier et de mieux se représenter les figures divines. Elles comportent toutes de nombreux symboles, que parfois, seul un érudit théologien peut discerner. C’est d’ailleurs ce qui la différencie de « l’image pieuse ».

Revenons à notre listing. Serge Gainsbourg, avec la provocation qu’on lui connaissait, ne déclarait-il pas : « je suis un mythe vivant, quelques degrés au-dessus d’une star » ?

3mythesFigures symboliques, artistes, entrepreneurs. Le mythe devient plus réaliste, au fil des siècles.

 

La décadence provisoire du mythe

Notons qu’après la vague d’artistes de la même génération que l’Homme à tête de chou, cité précédemment, l’énumération des figures mythiques est devenue plus difficile, voire impossible. Le vide, le néant… Intellectuel, moral, symbolique. Les hommes se sont mis à idolâtrer leurs machines : voitures, télévisions, ordinateurs, téléphones mobiles… Bienvenue dans l’ère matérialiste. Les figures emblématiques se sont défigurées, le rideau est tombé.

Plus personne n’inspirait personne. Ne parlons même plus de religion, elle se perdait au même rythme que la morale, l’une n’allant pas sans l’autre.

S’il arrivait que le peuple s’éprenne pour un « people » (radicalement différent de « star »), c’était immédiatement excessif, cela frôlait le cas psychiatrique. On hurlait, on fantasmait, on tapait des pieds et des mains, on se dilatait les pupilles, on se battait parfois ; on déshonorait ainsi le premier des commandements, et à chacun son veau d’or (ce type de comportement se rencontre encore, mais il est inévitablement raillé, désormais).

Il y a quelques temps, les mythes prenaient sérieusement la poussière.

 

La résurrection du mythe

Et puis, l’histoire d’Apple fut rendue publique, suivie par celle de Facebook, de Google. On découvrit alors les humbles croissances de chacun de ces géants. La figure mythique est de retour : chacune d’elle est née d’esprits et de personnalités humains, comme ses ancêtres.

L’authenticité de ces histoires les rend instinctivement dignes de devenir des mythes. On les observe, on les apprend et on les acclame, emplis de respect.

Autre aspect du mythe qui aurait pu figurer dans ma définition, plus haut : les mythes existent en tant que tels, parce qu’ils nous disent quelque chose du Vrai, et donc du Beau.

Mais qui sont ces Hommes qui ont eu, à un moment donné, de telles idées de génie ? Qu’est-ce-qui les as menés à lancer de telles révolutions ? Pourquoi ? Quelle fascination ils inspirent, alors !

L’admiration pure, sans excès, revient aussi. L’inspiration la suit de près : ils sont de plus en plus nombreux à concrétiser leur passion, leur rêve ; ils accouchent de leur idée, ils lancent leur projet ; ils montent leur entreprise. Les start-up, appelées les jeunes pousses, fleurissent à-travers le monde, par l’action de passionnés qui passionnent à leur tour.

Aujourd’hui, et ce malgré les difficultés inhérentes à ce statut, « start-up » est devenu un mot magique. Entreprendre est devenu LA solution aux quêtes de soi, de reconnaissance, de liberté, d’épanouissement, de bonheur. Le terme, à lui seul, rappelle le souffle régénérant, vivifiant et pur ; celui qui soulage, qui apaise, qui redonne espoir et force.

De plus, devenir entrepreneur résout de nombreux maux : le chômage, l’oisiveté, la dépression, l’inculture, la pauvreté sous de nombreuses formes.

L’entrepreneuriat a toujours existé. C’est pourtant aujourd’hui qu’il rayonne, qu’il est revendiqué et recherché.

Son ampleur actuelle est pourtant née de l’un des sillons du matérialisme. Celui qui ne débouche pas sur un désert, mais qui rejoint l’océan : l’Homme a su s’accaparer les technologies, les objets révolutionnaires, le digital, à bon escient. Il a ainsi repris sa place, en replaçant ses œuvres aux leurs ; mieux : en les mettant au service de ses semblables. Ecce Homo !

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Nous ne pouvons que leur être reconnaissants, à tous ces aventuriers modernes, de redonner ainsi foi en l’Humanité et en l’Avenir. Ceci est valable pour tous les entrepreneurs rendus célèbres, mais aussi ceux qui démarrent, qui viennent tout juste de planter leur graine. Il n’est pas dit qu’ils réussiront à ce qu’elle pousse, mais ils auront eu l’idée qui en fera germer d’autres. Parce que l’esprit entrepreneurial, l’esprit start-up ne se perd pas : il est tenace, entêté et fertile. Il peut se donner, circuler, évoluer, mais non mourir. Si tel est le cas, c’est que le déficitaire n’en était pas réellement doté.

Quant à moi, je remercie celui qui m’a fait connaître cet univers et qui m’a contaminée de son doux virus. Grâce à lui, j’ai découvert ces innombrables histoires de héros modernes qui me donnent envie d’entreprendre, à mon tour. D’ailleurs, je côtoie les entrepreneurs de près, en travaillant à leur mise en lumière quotidienne, preuve, si besoin, de mon engouement.

Grâce à eux, ces startuppers de tous horizons, de tous âges, de toutes situations, j’ai trouvé de nouvelles légendes à apprendre, de nouvelles histoires à raconter, de nouvelles valeurs à intégrer, de nouveaux rêves à élaborer. Moi aussi, maintenant, je veux entrer et rester dans leur monde.

Ce monde de l’entrepreneuriat qui ne connaît pas l’impossible, et dont le maître-mot est OUI.

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