L’amour heureux

8 janvier 2016

 

Pourquoi a-t-on si peu écrit au sujet de ce versant de l’amour, ô combien précieux, pourtant ?

Au fil des siècles, les auteurs, les poètes, les romanciers ont écrit sur l’amour malheureux, non réciproque, déçu, suicidaire, passionnel, maudit, obsessionnel, monstre, malsain.

Et rien ou si peu au sujet de l’amour heureux, réciproque, fructueux, victorieux, béni.

 

Sommes-nous si peu nombreux à le ressentir et le vivre ?

Sommes-nous une minorité à y croire et y répondre ?

Sommes-nous quelques-uns seulement à l’avoir accueilli et accepté ?

 

Moi, je témoigne des bouffées de bonheur à peine exprimables qu’il engendre, au moment où je sais que mon aimé est en chemin pour me rejoindre ; lorsque je pense au repas que nous allons partager, lui et moi ; lorsque je me répète inlassablement, comme un poème, les premiers mots prononcés pour entamer nos longues conversations du soir, celles qui partent de nos journées respectives pour aboutir à nos projets communs, et qui se prolongent jusqu’à ce que nous tombions de fatigue ; lorsque j’anticipe sur nos étreintes, sentant physiquement ses doigts et ses lèvres qui m’effleurent ou m’empoignent ; lorsque ma confiance en nous est telle, que je vois distinctement dans mon esprit les jours qui compteront le plus à l’avenir, ce si bel avenir qui nous est promis.

Comme il est bon de ne pas savoir où nous serons, ce que nous vivrons dans les semaines, les mois, les années à suivre mais d’être sûre, toutefois, que ces semaines, ces mois, ces années, nous les passerons ensemble ! Cette seule certitude suffit désormais à apaiser mon coeur, lui qui jadis, était si angoissé !

 

Cet amour m’a ramenée au monde, m’a donné vie. Il m’a réveillée d’un doux baiser, donnant ainsi raison à mes rêves sentimentaux. Pourquoi prétendre que les contes de fées n’existent pas ? Moi, je vous dis que si, ils existent : les moments de doute, de crainte, de courroux contribuent à authentifier la féerie du mien. J’ai atteint mon idéal grâce aux imperfections qui correspondent au monde dans lequel il évolue, et qui le préparent au prochain.

 

Cet amour est tel qu’il fait croire en Dieu, qu’il renforce ma foi. Un Dieu capable de mettre sur ma route cet être, de nous faire vivre cette histoire, ne peut qu’être Amour, tel que l’annoncent les Écritures ! Qui suis-je pour mériter de telles grâces ? Je ne suis donc pas si mauvaise pour inspirer des sentiments aussi forts, pour moi-même être digne de ressentir l’amour vrai, celui qui permet que je m’oublie pour l’autre, celui qui me rend meilleure, celui qui dore et réchauffe tout mon être, celui dont on rêve tous et auquel si peu d’élus accèdent.

 

Il est vrai qu’il faut savoir être humble, généreux, ouvert, alerte, dispos pour ne pas le manquer. Il faut s’écouter pour entendre son écho en vous, cet appel unique et singulier qui vous apprend distinctement que “c’est lui” sans aucune autre explication. C’est ainsi, et c’est tout.

Vous qui désiriez tout comprendre et connaître, vous finissez par admettre que cette réponse n’a besoin d’aucun argumentaire. Les raisons, vous en trouvez chaque jour de nouvelles ; vous en oubliez certaines et puis, vous vous en souvenez au détour d’un infime détail, d’un mot ou même d’un bruit. Ensuite, après une nouvelle vague de bonheur pur, entier, le genre que j’évoquais tout à l’heure, vous savez que ce qui est devait forcément être. Vous voudriez remercier tout le monde, alors vous le prononcez intérieurement ce merci, certain ainsi, de n’oublier personne.

Votre vie d’avant défile, comme au moment de mourir. C’est une forme de mort, en effet : celui que vous étiez meurt, laissant ainsi la place à un vous meilleur. Un vous que vous finissez par aimer, vous aussi. Il était temps ! C’est cela qui vous permet d’y croire : je m’aime grâce au fait que je l’aime ! Je m’aime, maintenant, enfin ! Je suis réconcilié avec moi ! Je me suis demandé pardon, tout en me pardonnant ! Je m’étais tellement manqué…

 

L’amour à ce point véritable qu’il vous permet de vous aimer grâce à votre amour de l’autre. Et plus vous vous aimez, plus vous aimez l’autre, encore. Si ce n’est pas féerique, cela !

Car l’autre est le prolongement de vous-même, c’est l’être qui manquait à votre accomplissement. En vous unissant à lui, vous touchez à l’infini que nous recherchons désespérément toute notre vie, cet infini vers lequel nous tendons toujours, de manière inconsciente, parfois.

A ces grandes questions auxquelles tant de philosophes éminents ont tenté de répondre, vous découvrez avec piété que vous pouvez y répondre, vous !

Qui suis-je ? Qu’est-ce qu’être ? Qu’est-ce que la vie ? Qui est autrui ? Qu’est-ce qu’être libre ?… Et la réponse vous est donnée en posant vos yeux sur celui que vous aimez.

 

Vous dormez, vous riez, vous dialoguez, vous marchez, vous faites chair avec cette Réponse ; la Réponse vous étreint, vous rassure, vous caresse, vous sourit, vous embrasse, vous touche : c’est le Ciel que vous avez trouvé.

jean-olivier-heron-cantique-des-cantiques1

 

Victoria

Image : Jean-Olivier Héron, "Cantique des Cantiques", trouvée ici.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *