Les entrepreneurs et le piège de l’ego

Ici même et ailleurs, j’ai prôné et encouragé l’entrepreneuriat et son mythe. Je continuerai à le faire.

Pour autant, peut-on prétendre aimer et connaître quelque chose si on ne parle que de ses bons côtés ? Il me semble préférable de jouer rapidement la carte de la lucidité avec les entrepreneurs qui me liront peut-être, face au piège le plus dangereux car le plus contagieux qui soit : le piège de l’ego.

 

Qui suis-je pour donner une quelconque leçon ? Malgré mon jeune âge encore, j’ai pu observer que l’orgueil était à chaque fois, quel que soit le contexte, la cause originelle de toutes les désillusions ; et cela à plus forte et violente raison pour un entrepreneur qui mise tout ce qu’il possède dans son entreprise. Cet article n’est donc qu’un témoignage et une mise en garde, nés de mon humble expérience.

 

« Please mind the trap… »

Nombreux déjà sont les entrepreneurs que j’ai rencontrés, admirés et suivis de plus ou moins près. Jusqu’à ce qu’au gré d’un discours, d’une attitude ou d’une réflexion, je me rende compte avec effroi que certains d’entre eux étaient atteints par ce mal parfois incurable et toujours détestable qu’est l’orgueil. Je n’ai alors qu’une idée en tête : FUIR !

Qu’ont-ils fait pourtant, qui vaille à leurs chevilles d’enfler ? Ils se sont lancés dans l’entrepreneuriat, très bien. Ils ont acquis plus ou moins rapidement et durablement un public sûr et fidèle, c’est tout à leur honneur. Ce cheminement leur a inévitablement permis d’acquérir une solide expérience, une maturité certaine, dont ils pourront éventuellement faire profiter leurs cadets, et c’est tant mieux.

Rapidement hélas, l’orgueil leur fait oublier l’essentiel : leurs proches, la qualité déjà éprouvée de leurs coéquipiers… à tel point qu’ils finissent par perdre tout sens des réalités.

Des éléments initialement positifs (comme la confiance en son instinct, la sociabilité qui permet la multiplication des contacts et des opportunités…) se transforment en ce fameux orgueil, associé à une absence totale de remise en question, pouvant aller dans des cas extrêmes (mais déjà rencontrés) jusqu’à la paranoïa.

L’entrepreneuriat, pour tous ceux qui se lancent dans cette aventure (belle malgré tout, ne vous méprenez pas !) représente la réalisation d’un rêve et un accomplissement. Malheureusement, c’est parfois précisément cette notion de rêve qui fait un peu trop rapidement perdre pied à certains. Que faire pour y remédier ou mieux, l’éviter ?

 

To do list

D’un point de vue purement pratique, nous nous contenterons de reprendre les propos de Marissa Mayer, chef d’entreprise américaine, que vous pouvez retrouver dans un article publié sur Widoobiz : « un entrepreneur fatigué est un entrepreneur déstabilisé. Sa vision est brouillée et il finit par faire du présentéisme. Et non plus un travail actif […] D’après différentes études, un homme ou une femme peut travailler efficacement au maximum 10 heures par jour. Et seulement, si vous avez un bon sommeil, un bon équilibre alimentaire et une bonne hygiène physique. »

Vous savez ce qu’il vous reste à faire d’un point de vue pratique. Intéressons-nous maintenant à un point de vue plus discret, et que nous qualifierons de psychologique ou éthique.

L’une des choses les plus importantes, me semble-t-il, est de savoir réellement se remettre en question : ne pas raisonner avec la certitude d’avoir forcément raison, mais se dire que l’on peut se tromper, que l’on peut avoir tort ; on peut aussi ne pas avoir suffisamment écouté l’autre, alors qu’il peut lui aussi, parfois plus souvent que soi d’ailleurs, avoir raison grâce à sa vision objective d’une problématique donnée.

Savoir réellement se remettre en question, c’est se dire tout cela, mais aussi (et surtout ?) le reconnaître de vive voix ! Prétendre le faire sans en apporter les preuves actives est évidemment vain.

Autre valeur essentielle (et formidable barrage naturel à l’orgueil) qui ne peut fonctionner sans la précédente : l’humilité. Une denrée rare et de plus en plus précieuse ! Inutile de vous définir ce qu’est l’humilité : sans se sous-estimer, il s’agit de se dire que rien ne nous est jamais acquis, que nous sommes bien peu de choses face à tel individu, telle entreprise, tel sentiment… Que nous n’arriverions pas à grand chose sans la présence de ceux-ci ou de ceux-là/celui-là/celle-ci… De quoi appréhender son rôle de dirigeant/fondateur de la manière la plus saine et sécurisée qui soit, et authentifier ses succès (et échecs) à venir !

Remise en question et humilité, ou la victoire du bon ego : autant de garanties pour l’entrepreneur de ne pas se fourvoyer. L’univers du business, aussi rude et pervers soit-il, n’exclut pas d’être et de rester quelqu’un de bien.

 

Les difficultés financières et matérielles sont le lot de tous les entrepreneurs ; mais on en parle déjà suffisamment et bien mieux ailleurs, c’est pourquoi elles n’auraient aucune pertinence à se retrouver traitées ici. Heureusement, ces difficultés s’équilibrent avec les réussites, l’esprit innovant et collaboratif, bienfaisants éléments de l’entrepreneuriat que nous célébrons avec toujours autant de ferveur.

Je préfère parler ici de ce qui est tu, oublié ; de ce qui est tabou ou trop évident pour être rappelé, au choix.

Ce vilain défaut qui vous fait perdre toute crédibilité en un instant ; qui décourage vos acolytes d’hier, devenus les indifférents d’aujourd’hui. Ce péché d’orgueil si rapidement commis, mais paradoxalement si facilement évitable, à condition de s’en donner les moyens.

Ce piège de l’ego qu’il vous faudra d’autant plus éviter, parce qu’il ne correspond en rien à ce qu’est véritablement et noblement l’entrepreneuriat.

Qui dit entrepreneuriat, dit aussi espoir et confiance : « we trust in you ! »

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