Pourquoi avoir la foi ?

Avoir la foi semble aussi objectif que subjectif. C’est objectif parce que l’on s’accorde tous autour de « l’Objet Essentiel » de cette foi ; c’est subjectif parce qu’avant de s’accorder, le ruisseau de chaque croyant a pris sa source dans des eaux différentes. Le déclic, la conversion, la foi… a démarré (ou a toujours été) de manière propre à chacun. Avoir la foi, qu’est-ce-que cela représente ? Point de vue (subjectif) d’une croyante en notre Seigneur « objectif » à tous.

 

Ma foi subjective

Il a toujours été question de la foi dans mon éducation, ainsi que dans la culture qui m’a été transmise, qu’il s’agisse des sacrements que j’ai reçus, comme des conversations que je pouvais avoir avec mes proches parents, en particulier ma mère. J’ai connu différentes étapes dans mon cheminement religieux : foi pure « de l’enfance », découragement, doute jusqu’à une « nuit de la foi » comme l’appellent certains, retours de foi plus ou moins tenaces, nouveaux épisodes d’éloignement… Jusqu’à un certain soir de fin d’année 2014.

C’était ma dernière année d’études et j’étais en apprentissage dans une célèbre banque, en communication. Cela se passait très mal. J’étais tombée dans un service déplorable qui avait décrété vouloir communiquer, sans pour autant sauter le pas, et ma présence à leurs côtés était donc inutile. Non contents d’ignorer mes propositions de travail, ils étaient méprisants avec moi. Une fois rentrée le soir, il n’était pas rare que j’éclate en sanglots. Ce soir-là fut particulièrement difficile, et je pleurais véritablement amèrement. J’étais tombée à moitié à genoux, à moitié affalée au pied du lit en sanglotant, et je ne savais plus quoi faire ni à quel saint me vouer. En désespoir de cause (à ce moment-là, ce fut véritablement pour cette raison que j’ai fini par m’en remettre à Dieu), j’ai fini par citer (pour ne pas dire crier) l’appel de l’aveugle Bartimée à Jésus dans l’évangile de Saint Marc : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »

Croyez-moi si vous le voulez, mais la réaction ne se fit pas attendre. Je me suis sentie soulevée intérieurement, à tel point que j’en ai eu comme un hoquet, car mes pleurs se sont immédiatement interrompus. Je ne pourrai pas expliquer ce qui s’est passé, simplement que j’ai été instantanément apaisée et consolée, à partir du moment où j’ai demandé au « fils de David » d’avoir pitié de moi… Je suis restée plusieurs minutes hébétée, le temps de réaliser que je n’étais plus angoissée ni désespérée et que je ne pleurais plus. Le temps de réaliser aussi que j’avais bel et bien vécu cette incroyable sensation de passage ultra-rapide (presque violent !) de la tempête à l’apaisement.

Pleine de reconnaissance et d’émerveillement, je me suis levée et j’ai vaqué à mes occupations habituelles, l’esprit toujours étonné par ce qui venait de m’arriver. Le stage ne s’est pas amélioré pour autant, mais j’ai toutefois trouvé le courage d’affronter chaque jour, ainsi que celui de mettre fin à ce contrat, pour en trouver un bien meilleur peu de temps après.

Depuis ce fameux moment où l’on peut dire que j’ai symboliquement recouvré la vue, comme Bartimée dont j’avais cité l’appel au Christ, je n’ai plus eu aucune période de doute, de remise en question ou d’éloignement. Ma foi est sincère, sérieuse et de plus en plus forte, indéboulonnable. Je témoigne dès que j’en ai l’occasion, auprès de mon compagnon, de ma famille, mais aussi auprès de mes collègues. Je suis heureuse de la vivre au quotidien. Heureuse de découvrir toujours davantage de trésors cachés aux creux des évangiles, des témoignages de saints ou de nos prêtres. Heureuse de bénir et remercier le Seigneur de tout mon coeur devant les splendeurs de Sa création : c’est à Lui que je pense devant une montagne enneigée, des vagues écumantes, un nouveau-né, nos animaux si attachants et organisés, la ferveur d’une assemblée de chrétiens priant et chantant en choeur pour Lui… Bref, c’est une véritable relation épanouie et heureuse que je mène avec le Christ !

Je recherche d’ailleurs ce que je pourrais faire de plus concret pour porter ma petite pierre à l’édifice de la conversion, travail colossal et toujours à faire, avec l’Eglise. Vos idées sont les bienvenues !

Notre foi objective

Avoir la foi ne peut pas réellement s’expliquer ; ce serait un peu comme expliquer pourquoi vous aimez votre compagnon/compagne. Vous voyez bien que c’est impossible, ou alors votre réponse demandera du temps, perdra de sa force ; vous aurez l’impression que chaque raison énumérée le/la réduira à ladite raison, au détriment de toutes les autres, alors que vous l’aimez pour lui/elle, pour sa nature, pour le bonheur de vivre à ses côtés… Eh bien c’est pareil pour notre foi !

Car avoir la foi est une relation d’amour. Avoir la foi, c’est aimer le Christ. Amis laïcs, ne croyez-vous pas naturellement en celui ou celle que vous aimez ? Prétendriez-vous l’aimer si vous ne croyiez pas en lui/elle ? De vous à moi, pensez-vous réellement que nous pourrions tous (et nous sommes plusieurs millions) être suffisamment dingues pour aimer à ce point quelqu’un de totalement chimérique ?

Comme pour tomber amoureux, « tomber en foi » avec le Christ ne peut se faire sur commande. Cela demande une certaine inclination du coeur, un certain moment où l’alchimie pourra opérer… Pour croire, il faut être prêt. Il faut aussi le vouloir, bien sûr, ou du moins accepter l’idée que cela pourrait se faire. Comme en amour, ce moment est inconscient. On s’aperçoit que c’était bel et bien le bon moment lorsque l’amour est déjà installé. Comme la nature est bien faite, comme elle est bien faite cette nature que Tu as Toi-même faite, mon Dieu !

Il y a aussi des cas comme celui de Saint Paul, peut-être plus rares, où la conversion surprend et vous tombe dessus comme un coup de foudre… (Remarquez que nous restons toujours dans le registre amoureux, quoi qu’il en soit.) Après tout, rien n’est impossible à Dieu… Il y a aussi les cas de croyants qui ont toujours cru, depuis leur plus tendre enfance, qui n’ont jamais douté ou ne se sont jamais éloignés du Seigneur. Heureux sont-ils !

Au risque de paraître mièvre, c’est bel et bien l’amour qui est au commencement et à la fin (qui est en réalité la fin de notre vie terrestre) de toute histoire entre Dieu et nous. Comment ne pas réagir et rester insensible quand on réalise que Dieu nous aime tant, Il est tellement prêt à tout pour nous, pour nous rapprocher de Lui et nous sauver, qu’Il a envoyé Son propre Fils (le Fils de Dieu, ce n’est pas rien tout de même !)  naître comme le plus pauvre d’entre nous, tout subir jusqu’à agoniser et mourir crucifié ! Si « ça » ce n’est pas de l’amour !

Nous croyons que Sa résurrection, célébrée à Pâques, concrétise véritablement notre sauvetage et l’issue heureuse de notre vie ; pour cela, il suffit de Lui tendre les bras. En ouvrant les yeux, on s’aperçoit que Jésus nous sauve quotidiennement, dans les plus petits comme dans les plus grands tracas de notre existence. Il nous sauve même si nous jugeons n’avoir aucun besoin de l’être et si notre vie nous satisfait… Il ne nous force pas, Il nous laisse venir, mais notre sauvetage est toujours à notre portée, quel que soit le moment où l’on en prend conscience. Le plus tôt est toujours le mieux : cela ne vous viendrait pas à l’idée de remercier l’un de vos parents pour un beau cadeau, 20 ans après qu’il vous l’ait offert, si ?

Malgré Sa venue parmi nous (l’existence et la vie de Jésus a été attestée par les historiens et les scientifiques eux-mêmes), nombreux sont ceux qui nient Son existence, ou en tout cas Sa nature divine. En dépit de la peine que cela Lui cause, Il nous laisse libres de Le choisir ou non. Il attend que nous soyons prêts, patiemment, sans se lasser. Quelle joie pour Lui lorsque nous nous adressons à Lui, ou allons à l’église pour communier ou simplement Le visiter ! Quelle joie pour nous aussi, puisque nous L’aimons, de Lui procurer ce bonheur ! Quelle frustration, tout de même, de se dire qu’en tant qu’humains, nous n’en ferons jamais assez pour Lui !

Et dire qu’Il ne demande qu’à être aimé de nous ! Ce n’est pas grand chose quand on pense que Lui s’est laissé crucifier pour notre cause… Comment peut-on s’en détourner aussi négligemment ? Un geste d’attention, quel qu’il soit et aussi petit soit-il, ne laisse jamais indifférent… Que dire alors de ce don de Dieu : Lui-même !

Pour vous qui lisez peut-être ces lignes mais qui n’avez pas la foi, cet article doit vous sembler ridicule ou complètement fou, au choix. On paraît toujours un peu ridicule et fou, quand on aime, n’est-ce-pas ? Et je suis fière d’écrire que j’aime profondément le Christ. Toute marque de mépris, de moquerie, de rage ou d’indifférence à Son égard me fait du mal parce que, L’aimant, je sais à peu près la peine que cela Lui cause ; et toujours parce que je L’aime, je ne supporte pas d’entendre parler de Lui négativement.

Je ne pourrai jamais vous convaincre de croire. Il n’y a que de vous que cela pourra venir. Il suffirait d’un « pourquoi pas », de laisser votre porte entrouverte : cela Lui suffirait !

Jésus ne prend personne en traître ; et ce, malgré l’excuse toute trouvée des non-croyants consistant à affirmer que si Dieu existait vraiment, Il aurait évité les guerres et les maladies… Dieu n’est pas le génie d’Aladdin : l’homme a voulu la guerre, or Dieu a créé l’homme libre, donc l’homme reste libre de faire la guerre. Quant aux maladies, surtout celles qui touchent les plus petits d’entre nous, la réponse est forcément délicate. Sachez que nous aussi, croyants, il nous arrive d’avoir ce genre d’interrogations :  « pourquoi ?! Pourquoi laisses-Tu faire cela ?! Pourquoi ne guéris-Tu pas cet enfant ?! Comment veux-Tu que les autres croient en toi, après cette injustice ?! »

Mais c’est aussi cela, avoir la foi : accepter de ne pas tout comprendre, même l’inacceptable ; continuer de faire confiance, coûte que coûte, avec la seule certitude que nous comprendrons tout et tous, plus tard…

 

Croire en Jésus ne vous épargnera pas des souffrances ni des épreuves. Ne nous a-t-Il pas prévenus Lui-même de la croix qui nous incombe à chacun ? Nous souffrirons donc forcément à un moment donné ou à un autre, mais nous ne serons jamais seuls pour le supporter. Lui, toujours par amour pour nous, sera prêt à nous soulager, porter nos chagrins avec nous comme une mère, et ainsi alléger nos poids. N’est-ce pas réconfortant ? Nous avons simplement à le Lui demander, ne serait-ce qu’une fois… « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »

Croire en Jésus, c’est aussi et surtout beaucoup de Bonheur, ajouté à celui que vous vivez peut-être déjà sans croire encore en Lui. Comment résister à une dose supplémentaire  – et quelle dose ! – de bonheur ? C’est toujours bon à prendre et c’est à consommer sans modération, de surcroît ! Le bonheur que l’on sait issu de Dieu possède une saveur, une qualité, une authenticité, une grandeur… incomparables avec quoi que ce soit d’autre. Il faut le vivre pour le comprendre… Alors, qu’attendez-vous ? 🙂