Témoignage d’une épargnée des attentats du 13 novembre 2015

Oui, épargnée. Ce n’était pas mon heure. Pourtant, j’étais à Paris moi aussi, ce soir-là. C’était un vendredi soir, on pouvait festoyer tard puisque le lendemain, on pouvait traîner au lit, alors cette soirée près de la Place de la République tombait bien. Aux côtés de mon compagnon, je me savais belle, j’étais fière d’être à son bras et heureuse de sortir en amoureux. Nous dégusterions du champagne et des petits toasts, le fait d’être ensemble représentait à lui seul, une raison de passer une bonne soirée.

Il se trouve que cet événement au Carreau du Temple pour lequel nous avions officiellement fait le déplacement, fut moins intéressant que ce que nous avions imaginé. Nous sommes partis plusieurs heures avant le moment prévu et nous sommes dirigés vers un autre quartier de Paris, le quartier Montparnasse, où se trouve notre restaurant de prédilection. Si mon compagnon ne m’avait pas convaincue de partir, nous serions restés à cette soirée. Nous aurions pu y être encore, dans ce quartier République populaire, au moment où les fusillades se sont déclenchées.

Une amie m’a prévenue par sms au moment où nous regagnions le RER pour rentrer chez nous : « Ça chauffe dans les 10e et 11e arrondissements ? Des fusillades ? Ce soir ? Quoi encore ? » Très vite, les notifications ont plu sur mon Smartphone. J’ai vu défiler les noms de rues proches de l’endroit où nous nous trouvions il y a encore peu de temps. Ces rues étaient devenues en quelques secondes des scènes de crime, d’horreur, de guerre. Mon impression de vivre un rêve éveillé depuis le début de cette soirée se poursuivit, mais vira alors au cauchemar. J’avais l’impression de marcher comme une somnambule. Je ne sentais plus mes ampoules aux pieds dans mes chaussures neuves. Sur le quai de Nation, je ne quittais pas des yeux mon téléphone et j’hallucinais au fil des actualités. Le nombre de victimes augmentait, tout comme le nombre des tirs, à différents endroits de la capitale. Encore nous, encore Paris ?

Tous les usagers du RER me semblaient fantomatiques et l’un d’eux, un grand type louche, me fixait d’un regard démoniaque et pervers. Il m’a effrayée, j’ai craint qu’au moindre de mes gestes, il ne sorte une arme de son long manteau et s’en serve contre nous. J’en ai alerté mon compagnon tout bas, qui l’a remarqué, lui aussi. J’ai pris bien vite le bras de l’homme que j’aime, et ce simple contact m’a rassurée. Nous nous éloignions, mais l’homme a commencé à nous suivre. J’ai fait mon signe de croix, et il s’est évaporé. Il faisait simplement partie du cauchemar ; personnification du démon qui était partout, ce soir-là, avide de nos peurs, de nos angoisses les plus sourdes.

Le RER est arrivé, nous sommes rentrés chez nous, avec la hâte de nous enfermer au chaud avec notre petit chat. Retrouver nos repères, notre normalité pour nous assurer que notre confort, notre nid étaient toujours là, prêts à nous recueillir et à nous cacher.

SAUVÉS. ÉPARGNÉS. Pourquoi ? Pourquoi nous, pourquoi avons-nous eu cette chance ? Bien-sûr, je remercie le Ciel de nous avoir épargnés. Je n’aurais pas eu envie de mourir, ce soir-là. Je n’aurais pas eu envie que nos parents, nos proches aient à subir cette douleur innommable. Je suis plus que jamais heureuse d’être en vie, d’avoir un nouveau sursis. Mais tout de même, une part de moi, même infime, se sent coupable. J’étais si près, cette fois, et j’en ai réchappé. Mais pas eux. Pas ces gens que j’ai l’impression de connaître. J’en connais certains, d’ailleurs, de loin. Pourquoi eux, n’ont-ils pas pu être sauvés ? Question éternelle que de nombreux croyants et sceptiques se poseront toujours. Cette question explique d’ailleurs bon nombre d’athéismes. Cette question représente un des Mystères, si ce n’est LE Mystère de notre Foi, nous qui croyons. Je pourrais « engueuler » Dieu, en lui reprochant le nombre des victimes, lui en vouloir d’avoir permis cela. Mais ce serait tellement facile.

Au contraire : je me demande pourquoi j’ai été sauvée tout en remerciant Dieu. Et au fil de mes remerciements se dessine la réponse à ma question :

J’ai été épargnée pour témoigner, pour me battre, pour continuer. Témoigner de cet Amour et de cette Miséricorde divins, malgré tout et avec nous, qui représentent la seule solution à ces maux. Témoigner de cette foi qui, paradoxalement, n’a jamais été aussi grande. Cette Foi que je n’aurais pas peur de clamer face à des terroristes, cette Foi que je ne renierai pas.

Je suis vivante et malgré ma douleur face à ce drame, je me battrai par amour pour la France, par amour pour l’Humanité qui en vaut toujours la peine.

En témoignent nos bougies aux fenêtres, les larmes sur vos joues pour ces inconnus que vous auriez voulu sauver, vous aussi.

Nous continuons, continuerons jusqu’à ce que notre heure, à nous aussi, soit venue. J’espère que, grâce à notre réveil, notre conscience et notre union, elle surviendra le plus tard possible.

 

Le-slogan-Pray-for-Paris

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *